INTERVIEW DE STEPHANE CLAIR


C’est ta 3ème participation au Dakar à moto, qu’est ce qui te pousse à retenter l’expérience ?

L’envie de grimper sur le podium au Lac Rose et de me prouver que je suis capable de surmonter une épreuve aussi difficile. L’envie d’aller au bout, d’aller au bout de moi-même, de me surpasser et de réussir un pari aussi difficile. Un goût de revanche par rapport à l’année dernière ou j’avais fait le plus gros, c'est-à-dire les étapes les plus difficiles et où il m’est arrivé une drôle de mésaventure. Confronté à un dilemme, j’ai préféré aider un copain en difficulté plutôt que de ne penser qu’à ma course. Donner de l’essence à un motard c’est pourtant dans la grande tradition des beaux gestes du Dakar, mais ça ma valu une mise hors course par les commissaires… Il faut accepter la règle et je crois que l’expérience que j’ai accumulée dans les 2 éditions me permet d’être plus serein et de gérer les priorités pour réussir ma course.

 Est-ce que reprendre le départ te fait peur ?

On n’a pas les mêmes appréhensions la première ou la troisième fois. C’est pire la troisième fois, parce qu’on sait réellement à quoi s’attendre. On sait que c’est plus dur que ce qu’on en voit à la télé…
Reprendre le départ ne me fait pas peur. Le Dakar c’est une famille et j’ai hâte de retrouver à Lisbonne cet engouement populaire dans les rues. C’est toujours un rêve d’enfant, avec les machines qui brillent, le parc fermé, les moteurs qui vrombissent,  le 3-2-1  sur le podium. Ca donne toujours autant envie. Non ça ne me fait pas peur.
La peur en revanche, elle intervient après, en Afrique, quand on est tout seul face à l’immensité. T’es vraiment seul face aux éléments, un peu comme un marin. 100 ou 200 kms de dunes l’équivalent d’un Nice-Marseille en passant par les chemins, sans panneaux, sans indications, sans personne. Il ne faut pas oublier que depuis 2 ans on n’a plus de GPS. On navigue seulement au compas. C’est parfois effrayant de se retrouver seul au milieu de nulle part surtout après un vent de sable qui a effacé toutes les traces. Il faut avoir confiance dans son jugement et oser suivre son instinct.
Mais en fait, on n’est pas tout seul parce qu’on sait que l’équipe nous attend au bivouac et que d’autres en France, dans le monde, nous soutiennent devant leurs ordinateurs en suivant notre parcours : mes enfants, ma famille, mes sponsors. C’est ceux qui nous aident à aller plus loin.

 La confiance en soi est elle la principale qualité d’un pilote moto sur cette épreuve ?

Bien sur, il y a un gros travail sur soi-même à faire pour partir au Dakar. Je crois qu’il faut être prêt, le physique, la moto, être en forme pour être bien dans sa tête. Etre bien dans sa tête c’est ce qui permet de garder le moral quand la nuit tombe et qui reste 150 kms à faire à travers les dunes. En 2006 par exemple à 22h au CP 3, il me restait 120 kms au cap 210. J’ai gardé ces chiffres gravés dans ma mémoire. Je n’avais plus d’électricité sur ma moto. Je n’avais plus de phare et plus d’instruments de navigation. Seule solution, j’ai fixé ma lampe frontale sur le casque et me suis dirigé grâce à ma montre boussole. Chance d’arriver au bivouac : moins d’une sur 100, mais quand on y croit, on y va, on persiste, on roule et finalement on tombe sur les phares d’une voiture qui vous rassure, vous mène à bon port. Au Dakar, une seule règle : RIEN n’est jamais perdu.

 Dans quel état d’esprit pars-tu cette année ?  

En fait je suis plus détendu et plus serein qu’avant les autres éditions car avec le soutien d’Easydentic, j’ai pu réunir une équipe très professionnelle autour de mon projet. Préparation de la moto, gestion logistique, assistance sur place. Tout est encadré et prévu à un mois du départ. Avoir un tel sponsor, fait que je n’ai à penser qu’à ma préparation physique et mentale. Je n’ai pas à m’occuper du reste et ça c’est formidable. C’est important quand on a un boulot prenant et un emploi du temps chargé. Quand une entreprise vous donne les moyens pour réussir on a envie de se battre pour elle jusqu’au bout.

 Pour toi quelles sont les principales difficultés ?

Le Dakar ce n’est pas une course comme les autres. C’est une course de moto physique et technique avec une part d’incertitude mécanique mais c’est surtout une épreuve morale en particulier pour les motards.
Il faut résister à la longueur des étapes (entre 500 et 800 kms par jour), la fatigue qu’on accumule, à la douleur qui s’installe et à un moral qui faiblit.

 Quelles vont être tes priorités durant la course ?

M’économiser c’est à dire gagner du temps pour dormir, et économiser en permanence la mécanique et le pilote.
Pas de risque inutiles, on en connaît qui jouent la gagne et qui n’ont jamais pris le bateau pour l’Afrique.
Il faut savoir que cette année encore le Dakar va se jouer en Mauritanie, il faudra être en forme pour trouver les bonnes passes, relever sa moto dans le sable, piloter le plus souvent possible debout et pouvoir rester vigilant face à l’imprévu : une dune cassée, une saignée, un rocher caché…
Les organisateurs nous ont concocté un parcours diabolique ! Il faut savoir qu’ils ont prévu des étapes marathons c’est à dire sans aucune pièces détachées sans aucune assistance, dans la partie la plus difficile du rallye. Du sable mou, la chaleur, une navigation compliquée : Seuls les plus aguerris se sortiront de ce piège.

Tu parlais d’une équipe au bivouac ?

Cette année, je pars avec une structure d’assistance semi professionnelle.
On a un Man 6 roues motrices, le même modèle que les teams officiels et un mécano qui a préparé la moto et qui va assurer la maintenance. Et des gens qui sont chargés de la logistique (montage de tente, préparation des road-book, changement des roues…) Ils nous aident dans la vie au bivouac. Mais il ne faut pas croire que c’est de tout repos car les organisateurs ont prévu que dans certaines étapes on arriverait tous très tard dans la nuit ou au petit matin.
Je me souviens l’an passé être resté près de 18 heures sur la moto et ça, ça forge le caractère.

 Au fait, parlons de ta moto :

J’ai fait le choix d’une moto légère, une KTM 525 exc qui est une moto d’enduro qu’on a transformé en moto de rallye en ajoutant 4 réservoirs, un équipement complet de navigation, un dispositif d’éclairage avec des phares au xenon, des suspensions renforcées et un refroidissement moteur adapté.
Les + : c’est une moto que je connais bien car je roule toute l’année en enduro avec, c’est une moto légère, qu’on peut facilement relever et c’est important quand on tombe 10 ou 15 fois dans la même journée. Mais surtout elle est fiable et assez simple à entretenir.
Les inconvénients, elle est moins stable et moins puissante que les motos de rallye traditionnelles.

 Pour relever ta moto il va te falloir des bras t’es tu bien préparé physiquement ?

Il faut surtout des cuisses et un mental à tout épreuve !

Pour m’entraîner, j’ai eu la chance de travailler depuis 2006 avec Vincent Pechereau, un préparateur physique professionnel qui m’accompagne et m’encourage tout au long de l’année.
Il a bâti un programme spécifique. Les séances sont variées, je fais du vélo de route, du VTT, de la course à pied, de la natation, du cardio training, du gainage, de la musculation et surtout des étirements.

 En dehors de ça ?

De la moto tout-terrains. Que ce soit des endurances, des courses de franchissements, des enduros. Un programme assez varié tout au long de l’année qui me permet de rouler et garder le sens du pilotage, le rythme de la course et le goût de la compétition.

 Qu’est ce qu’on peut te souhaiter avant le départ ?

D’aller enfin au bout de mon rêve, pour moi bien sur et aussi pour remercier tous les gens qui m’accompagnent et me soutiennent.

Rendez-vous à Dakar. 

 

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