C’est ta 3ème participation au
Dakar à moto, qu’est ce qui te pousse à
retenter l’expérience ?
L’envie de grimper sur le podium au Lac
Rose et de me prouver que je suis capable
de surmonter une épreuve aussi difficile.
L’envie d’aller au bout, d’aller au bout
de moi-même, de me surpasser et de réussir
un pari aussi difficile. Un goût de
revanche par rapport à l’année dernière ou
j’avais fait le plus gros, c'est-à-dire
les étapes les plus difficiles et où il
m’est arrivé une drôle de mésaventure.
Confronté à un dilemme, j’ai préféré aider
un copain en difficulté plutôt que de ne
penser qu’à ma course. Donner de l’essence
à un motard c’est pourtant dans la grande
tradition des beaux gestes du Dakar, mais
ça ma valu une mise hors course par les
commissaires… Il faut accepter la règle et
je crois que l’expérience que j’ai
accumulée dans les 2 éditions me permet
d’être plus serein et de gérer les
priorités pour réussir ma course.
Est-ce
que reprendre le départ te fait peur ?
On n’a pas les mêmes appréhensions la
première ou la troisième fois. C’est pire
la troisième fois, parce qu’on sait
réellement à quoi s’attendre. On sait que
c’est plus dur que ce qu’on en voit à la
télé…
Reprendre le départ ne me fait pas peur.
Le Dakar c’est une famille et j’ai hâte de
retrouver à Lisbonne cet engouement
populaire dans les rues. C’est toujours un
rêve d’enfant, avec les machines qui
brillent, le parc fermé, les moteurs qui
vrombissent, le 3-2-1 sur le podium. Ca
donne toujours autant envie. Non ça ne me
fait pas peur.
La peur en revanche, elle intervient
après, en Afrique, quand on est tout seul
face à l’immensité. T’es vraiment seul
face aux éléments, un peu comme un marin.
100 ou 200 kms de dunes l’équivalent d’un
Nice-Marseille en passant par les chemins,
sans panneaux, sans indications, sans
personne. Il ne faut pas oublier que
depuis 2 ans on n’a plus de GPS. On
navigue seulement au compas. C’est parfois
effrayant de se retrouver seul au milieu
de nulle part surtout après un vent de
sable qui a effacé toutes les traces. Il
faut avoir confiance dans son jugement et
oser suivre son instinct.
Mais en fait, on n’est pas tout seul parce
qu’on sait que l’équipe nous attend au
bivouac et que d’autres en France, dans le
monde, nous soutiennent devant leurs
ordinateurs en suivant notre parcours :
mes enfants, ma famille, mes sponsors.
C’est ceux qui nous aident à aller plus
loin.
La
confiance en soi est elle la principale
qualité d’un pilote moto sur cette épreuve
?
Bien sur, il y a un gros travail sur
soi-même à faire pour partir au Dakar. Je
crois qu’il faut être prêt, le physique,
la moto, être en forme pour être bien dans
sa tête. Etre bien dans sa tête c’est ce
qui permet de garder le moral quand la
nuit tombe et qui reste 150 kms à faire à
travers les dunes. En 2006 par exemple à
22h au CP 3, il me restait 120 kms au cap
210. J’ai gardé ces chiffres gravés dans
ma mémoire. Je n’avais plus d’électricité
sur ma moto. Je n’avais plus de phare et
plus d’instruments de navigation. Seule
solution, j’ai fixé ma lampe frontale sur
le casque et me suis dirigé grâce à ma
montre boussole. Chance d’arriver au
bivouac : moins d’une sur 100, mais quand
on y croit, on y va, on persiste, on roule
et finalement on tombe sur les phares
d’une voiture qui vous rassure, vous mène
à bon port. Au Dakar, une seule règle :
RIEN n’est jamais perdu.
Dans quel état d’esprit pars-tu cette
année ?
En fait je suis plus détendu et plus
serein qu’avant les autres éditions car
avec le soutien d’Easydentic, j’ai pu
réunir une équipe très professionnelle
autour de mon projet. Préparation de la
moto, gestion logistique, assistance sur
place. Tout est encadré et prévu à un mois
du départ. Avoir un tel sponsor, fait que
je n’ai à penser qu’à ma préparation
physique et mentale. Je n’ai pas à
m’occuper du reste et ça c’est formidable.
C’est important quand on a un boulot
prenant et un emploi du temps chargé.
Quand une entreprise vous donne les moyens
pour réussir on a envie de se battre pour
elle jusqu’au bout.
Pour toi quelles sont les principales
difficultés ?
Le Dakar ce n’est pas une course comme les
autres. C’est une course de moto physique
et technique avec une part d’incertitude
mécanique mais c’est surtout une épreuve
morale en particulier pour les motards.
Il faut résister à la longueur des étapes
(entre 500 et 800 kms par jour), la
fatigue qu’on accumule, à la douleur qui
s’installe et à un moral qui faiblit.
Quelles
vont être tes priorités durant la course ?
M’économiser c’est à dire gagner du temps
pour dormir, et économiser en permanence
la mécanique et le pilote.
Pas de risque inutiles, on en connaît qui
jouent la gagne et qui n’ont jamais pris
le bateau pour l’Afrique.
Il faut savoir que cette année encore le
Dakar va se jouer en Mauritanie, il faudra
être en forme pour trouver les bonnes
passes, relever sa moto dans le sable,
piloter le plus souvent possible debout et
pouvoir rester vigilant face à l’imprévu :
une dune cassée, une saignée, un rocher
caché…
Les organisateurs nous ont concocté un
parcours diabolique ! Il faut savoir
qu’ils ont prévu des étapes marathons
c’est à dire sans aucune pièces détachées
sans aucune assistance, dans la partie la
plus difficile du rallye. Du sable mou, la
chaleur, une navigation compliquée : Seuls
les plus aguerris se sortiront de ce
piège.
Tu parlais d’une équipe au bivouac ?
Cette année, je pars avec une structure
d’assistance semi professionnelle.
On a un Man 6 roues motrices, le même
modèle que les teams officiels et un
mécano qui a préparé la moto et qui va
assurer la maintenance. Et des gens qui
sont chargés de la logistique (montage de
tente, préparation des road-book,
changement des roues…) Ils nous aident
dans la vie au bivouac. Mais il ne faut
pas croire que c’est de tout repos car les
organisateurs ont prévu que dans certaines
étapes on arriverait tous très tard dans
la nuit ou au petit matin.
Je me souviens l’an passé être resté près
de 18 heures sur la moto et ça, ça forge
le caractère.
Au fait, parlons de ta moto :
J’ai fait le choix d’une moto légère, une
KTM 525 exc qui est une moto d’enduro
qu’on a transformé en moto de rallye en
ajoutant 4 réservoirs, un équipement
complet de navigation, un dispositif
d’éclairage avec des phares au xenon, des
suspensions renforcées et un
refroidissement moteur adapté.
Les + : c’est une moto que je connais bien
car je roule toute l’année en enduro avec,
c’est une moto légère, qu’on peut
facilement relever et c’est important
quand on tombe 10 ou 15 fois dans la même
journée. Mais surtout elle est fiable et
assez simple à entretenir.
Les inconvénients, elle est moins stable
et moins puissante que les motos de rallye
traditionnelles.
Pour relever ta moto il va te falloir des
bras t’es tu bien préparé physiquement ?
Il faut surtout des cuisses et un mental à
tout épreuve !
Pour m’entraîner, j’ai eu la chance de
travailler depuis 2006 avec Vincent
Pechereau, un préparateur physique
professionnel qui m’accompagne et
m’encourage tout au long de l’année.
Il a bâti un programme spécifique. Les
séances sont variées, je fais du vélo de
route, du VTT, de la course à pied, de la
natation, du cardio training, du gainage,
de la musculation et surtout des
étirements.
En dehors de ça ?
De la moto tout-terrains. Que ce soit des
endurances, des courses de
franchissements, des enduros. Un programme
assez varié tout au long de l’année qui me
permet de rouler et garder le sens du
pilotage, le rythme de la course et le
goût de la compétition.
Qu’est ce qu’on peut te souhaiter avant le
départ ?
D’aller enfin au bout de mon rêve, pour
moi bien sur et aussi pour remercier tous
les gens qui m’accompagnent et me
soutiennent.
Rendez-vous à Dakar.