Dakar 2006 : l'histoire d'une rencontre


Pascal Schandelmayer et Stéphane Clair

Il y a des histoires d’amitié qui parfois commencent mal. Pascal et Stéphane se sont rencontrés par hasard, à l’ombre d’un acacia perdu au milieu du désert. Pascal y avait abrité sa moto, plantée en panne sèche entre Nouakchott et Kiffa. Et Stéphane est arrivé. Il aurait pu passer à des kilomètres. Il aurait aussi pu ne pas s’arrêter. Mais Stéphane n’est pas de ceux-là. Il offre la moitié de l’essence qui lui reste à Pascal.

Ils conviennent alors de se retrouver au CP1 pour y refaire le plein. Stéphane part devant, pendant que Pascal s’assure du bon fonctionnement de sa moto. Quelques kilomètres plus loin, Stéphane découvre un camion couché sur le flanc au creux d’une dune. Il s’arrête, signale l’accident, aide l’équipage à s’extraire de la cabine, puis rejoint finalement CP1. Pascal l’y attend l’air sombre : « Il n’y a pas d’essence. Il faut qu’on se débrouille autrement. Il parait qu’on peut en trouver dans un village à quelques kilomètres d’ici. » C’est le début de l’engrenage. Ils ne mettent la main que sur vingt petits litres, qui ne les emmèneront pas bien loin. Ils suivent alors la piste plus avant, à la recherche d’une hypothétique station service. Ils ne la trouvent pas avant 250 kilomètres. Le sort en est jeté. Impossible de retrouver le parcours de la spéciale sans s’aventurer dans l’inconnu, impossible de rejoindre le CP1 sans risquer de tomber à nouveau en panne… Ils choisissent donc de se diriger vers l’arrivée, en espérant ne pas être mis hors course pour avoir emprunté le goudron. Les deux amis sont sûrs que leur bonne étoile et la générosité du geste de Stéphane suffiront à assurer leur salut. « Je n’imaginais pas laisser Pascal, c’est une question d’état d’esprit, précise Stéphane. Et je crois que ça va dans le sens des valeurs du Dakar. De toute façon, nous verrons bien. »

Après leur avoir accordé un sursis au départ de Kiffa, les commissaires sportifs convoquent Pascal et Stéphane à Kayes. Mais ils ne sont plus très optimistes. « Les commissaires n’étaient à priori pas très bien disposés à notre égard … » A 20h30, le verdict tombe, cruel et sans appel. « Ils n’ont rien voulu entendre. Pour eux, nous avons pris la route. Point final. Même si le règlement est clair, je suis dégoûté… surtout pour Stéphane qui n’avait aucune raison de m’aider… » Pascal s’assied sur sa malle, le regard dans le vague… Stéphane tente de le réconforter. « T’inquiète pas, je ne regrette pas une seconde de t’avoir donné mon essence. » Mais Stéphane aussi est chamboulé. « Ca me fait mal de ne pas pouvoir aller plus loin. On avait fait le plus dur… Mais aujourd’hui, je sais que j’ai les tripes et la force pour aller au bout. »

Pascal d’Aubagne et Stéphane d’Aix-en-Provence vont rejoindre Dakar par la route des véhicules d’assistance et déguster ensemble un peu de leur rêve commun. Ils essaieront d’oublier leur déception. « On a forcement perdu quelque chose dans cette histoire, soulignent-ils. Mais on a aussi gagné ce qu’on ne s’attendait pas forcement à trouver… » Une amitié, qui grandira chaque week-end sur les chemins de pierres de la Sainte-Victoire, entre Aubagne et Aix-en-Provence. C’est aussi, et surtout ça, l’esprit du Dakar.

 

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